comparée 3ème année
cours du 27/01/09
Mme Fix
La comédie au XVIIIème et son renouvellement.
- Goldoni, La Locandiera.
- Lessing, Minna von Barnhelm.
- Beaumarchais, Le barbier de Séville.
La comédie existe depuis l'antiquité, mais a été définit de façon formelle au XVIIème siècle en France. L'époque de Molière en a donné un modèle difficilement contournable. Cette définition prend le contre-pied de la tragédie où ce sont les choix déterminants des personnages qui font avancer la pièce. La comédie a une fin heureuse et un dénouement favorable pour à peu près tout les personnages. De plus, la forme est plus souple (pas toujours en vers contrairement à la tragédie).
La comédie n'est pas toujours écrite entièrement, elle peut-être improvisée. Le jeu est plus naturel, la pièce se construit sans déterminisme ni destin autour d'une trame, des types, des rôles canoniques.
De puis l'antiquité elle se définissait donc ainsi par une non-définition, récupérant les restes de la noblesse tragique. A partir de la fin du XVIIème, les dramaturges veulent moduler cette approche, y défendre des idées, des valeurs, rendre le genre plus noble (cf. Lessing : les personnages sont là pour promouvoir par le rire des valeurs essentielles : honnêteté, fidélité...).
Il s'agit de donner une leçon de morale à la fin (cf. Goldoni), une morale parfois douteuse : le renouveau qui est une volonté des auteurs n'est pas toujours explicite. Les morales restent conventionnelles. Il y a un désir de renouveau, de rupture de la tradition, et à l'encontre de ce désir, les irrésistibles traditions et conventions qui reviennent parfois (un mélange d'ombre et de lumière).
Tout ce qui est nouveau est valorisé (la jeunesse, la volonté...), tandis que tout de qui se réfère à l'ordre ancien est ridiculisé (cf. le marquis dans Goldoni). Il y a une liberté de ton assez nouvelle : le comte qui séduit Rosine dans Beaumarchais est marié (mais il la séduit quand même), Minna voyage seule, etc...
Ce sont parfois les mêmes personnages que les types d'avant à la différence près qu'ils revendiquent l'idée d'évolution (cf. Figaro qui passe de simple subordonné à conseiller après être parti vivre sa propre vie). Cela crée de nouvelles relations entre eux : Figaro se propose de lui-même, il y a échange et non domination.
La notion de progrès est marquée sans être révolutionnaire car elle s'appuie sur de l'ancien (cf. Beaumarchais s'inspire de l'Ecole de femmes).
Les personnages ont la liberté d'expression (cf. Rosine qui apprend à exprimer son désir, Minna qui part seule à la recherche de son fiancé). Les femmes et les serviteurs ont plus de place (dans l'Avare de Molière, ils doivent aller voir l'homme de maison pour réclamer un peu d'argent ou autre chose, et c'est ainsi pour toutes les pièces de l'époque). Là, Minna part seule et décide de ce qu'elle veut. Chez Goldoni, l'aubergiste est sa propre maîtresse, elle se débrouille seule.
Cette forme d'indépendance est morale et financière. A la fin de la pièce de Lessing, les relations amoureuses sont considérées sur un terrain d'égalité et non de passion. Le couple se retrouve seul dans une auberge, il pourrait se passer plein de choses, mais la morale interne de l'homme l'arrête : il est moins riche que sa fiancée et ce déséquilibre est un obstacle.
Cet équilibre est important dans toutes les pièces, ce qui rejoint l'esprit des Lumières du XVIIIème. Le désir personnel est une fin voulue par tous les personnages, mais ils n'accepteront de voir leur désir se réaliser seulement si l'équilibre est établit autour d'eux. Ils souhaitent un équilibre social, que les gens autour soient aussi rétribué (cf. Goldoni, l'aubergiste fait le choix de son époux en fonction de la garantit de l'équilibre de son commerce).
C'est moins romantique mais ça entre plus dans l'esthétique des Lumières : le destin individuel est pleinement accompli lorsqu'il est en accord avec l'entourage social.
Mais le seul désir n'est pas suffisant. Rosine doit être à la hauteur de son rôle d'épouse. Elle veut des preuves (cf. nombreux cadeaux, bijoux, vin ; des lettres et la bague chez Lessing). Elle met le Comte à l'épreuve pour qu'il prouve son honnêteté.
La notion de mise à l'épreuve est très importante à l'époque. C'est quelque chose de positif. On met à l'épreuve quelqu'un pour trouver le meilleur chez lui, pas pour le faire souffrir. Tout a un but visant l'amélioration de soi. Minna ment à son fiancé pour qu'il comprenne que ses intentions sont pures (le passage par l'ombre pour arriver à la lumière).
C'est une ambition humaniste : l'homme devient bon à travers les épreuves de la vie (cf. au début chez Lessing, tout le monde pleure, chez Goldoni c'est à la fin où les personnages blessés quittent la scène). Il ne s'agit pas de blessures physique mais plus des humiliations blessant son amour propre (c'est plus froid et plus inquiétant que les blessures infligées par Scapin frappant son maître).
Dans ce renouveau il s'agit aussi pour les auteurs de rendre leurs personnages plus crédibles : ils demandent conseil, sont troublés, d'humeur changeante, pas toujours joyeux ou tristes. Les caractères sont souvent en construction (cf. Rosine qui se découvre en même temps qu'elle découvre l'amour).
Chez Lessing, Françoise prend une leçon de vie de la part d'un soldat sur les apparences parfois trompeuses et Minna apprend à être moins impulsive ; Rosine s'entraîne à parler et à être moins maladroite. Ils doivent maîtriser l'usage : comment converser avec autrui, agir en société. Ils apprennent à être adroits et à manier le langage.
Ça ne s'apprend pas vite, le rythme de la pièce est donc souvent lent pour la crédibilité des personnages. Les actions sont ralenties, il y a beaucoup de scènes intimes dans les chambres, appartements confinés, auberge... Les conversations y sont plus profondes, les scènes plus longues, les personnages s'expriment jusqu'au bout et partagent leurs idées.
On s'approche des pièces sentimentales ou larmoyantes. Attention, au XVIIIème les larmes sont une preuve de sincérité, un désir de proclamer une émotion intime et de laisser la part libre aux sentiments.
Dans deux pièces sur trois on assiste à la naissance de l'amour (cf. dans Lessing Françoise et le soldat, et dans Beaumarchais où Rosine apprend à connaître le comte). La chose doit être nourrie, on élabore le sentiment. C'est donc sentimental dans le sens où on réfléchit à ce sentiment (dans Goldoni on voit bien la progression des sentiments en parallèle aux réflexions de l'aubergiste). Il n'y a pas d'émotion définitive, la relation s'inscrit dans la logique du donnant/donnant. Il faut avoir vu la part d'ombre de l'autre, apprendre à se connaître.
Les personnages sont en quête de vérité, de sincérité (d'où les larmes), et cela peut passer par le mensonge. Ils prennent la parole, expriment leurs désirs, alors que chez Molière, c'étaient les opposants qui parlaient le plus (l'avare, Monsieur Jourdain...) Chez Goldoni et Beaumarchais, les personnages principaux sont les serveuses et la première amoureuse qui sont d'habitude effacées.
Il y a donc au début du XVIIIème siècle un renouveau de la comédie à travers les personnages, l'émotion qu'ils dégagent, les lieux de l'action (plus intime, d'où une mise en danger
inhabituelle car les personnages rencontrent alors des gens qu'ils ne connaissent pas). Il y a peu de comique gestuel et plus de caractère. Le rire est plus subtil, c'est un rire de
l'esprit. Ce sont des comédies plaisantes, gaies, où on ne rit aux éclats ni ne pleure. Il y a un équilibre des émotions.
note : pardon s'il y a des fautes d'orthographe...

