Pour la fac, je dois relire ce grand classique de la littérature française du XVIIème, et je le fais avec un plaisir sans nom. Il y a tellement de fables ! J'ai l'impression que
je ne pourrai jamais me souvenir de chacune.
L'ensemble des fables a été publié entre 1668 et 1694. Les
premières (réunies en six livres, avec un prologue-dédicace et un épilogue) étaient à la base écrites pour le Dauphin de l'époque. "Lecture agréable mais aussi
sérieuse". Il s'agissait d'éduquer le fils de Louis XIV avec intelligence et finesse.
Les fables suivantes (des livres 7 à 11) ont été pour la majoritées dédiées à Madame de Montespan, la maîtresse de Louis XIV. Plus que des leçons de
bonne conduite, elles ont cette fois une réflexion plus poussée sur les problèmes de l'époque.
Le douzième et dernier livre, un peu à part pour les formes différentes que prennent les fables, était dédié cette fois au Duc de Bourgogne (et oui... qui
puis-je...), petit-fils du roi. La Fontaine y traite beaucoup plus de mythologie et rappelle parfois quelques points défendus dans les livres précédents.
Mais en vérité, beaucoup des fables ont été largement puisées dans l'imaginaire d'Esope, poète grec de l'Antiquité, et La Fontaine s'est contenté de les mettre au goût du jour et
en vers. Evidemment, cela n'ôte aucun mérite à La Fontaine puisque, vraiment, ses fables à lui me semblent souvent plus légères que leurs modèles. Il y a bien d'autres sources d'inspiration
: Homère, Guéroult, Haudent, Phèdre, Abstémius, Platon, Horace...
Ainsi que Faërne, un poète latin du XVIème siècle. Voici une comparaison entre les deux auteurs : au-dessus La Fontaine, en dessous, Gabriele Faerno. A vous de juger !
Les oreilles du Lièvre.
Un animal cornu blessa de quelques coups
Le lion, qui plein de courroux,
Pour ne plus tomber en la peine,
Bannit des lieux de son domaine
Toute bête portant des cornes à son front.
Chèvres, béliers, taureaux aussitôt délogèrent ;
Daims et cerfs de climat changèrent :
Chacun à s'en aller fut prompt.
Un lièvre, apercevant l'ombre de ses oreilles,
Craignit que quelque inquisiteur
N'allât interpréter à cornes leur longueur,
Ne les soutînt en tout à des cornes pareilles.
« Adieu, voisin grillon, dit-il ; je pars d'ici :
Mes oreilles enfin seraient cornes aussi ;
Et quand je les aurais plus courtes qu'une autruche,
Je craindrais même encor. » Le grillon repartit :
« Cornes cela ? Vous me prenez pour cruche ;
Ce sont oreilles que Dieu fit.
- On les fera passer pour cornes,
Dit l'animal craintif, et cornes de licornes.
J'aurai beau protester ; mon dire et mes raisons
Iront aux Petites-Maisons. »
Le Renard et le Singe.
Le lion ayant établi son empire sur les animaux avait enjoint de sortir des frontières de son royaume à ceux qui étaient privés de l'honneur de porter une queue. Epouvanté, le renard se préparait
à partir pour l'exil. Déjà il pliait bagage.
Comme le singe, ne considérant que l'ordre du roi, disait que cet édit ne concernait pas le renard, qui avait de la queue, et à revendre :
« Tu dis vrai, dit celui-ci, et ton conseil est bon, mais comment savoir si entre les animaux dépourvus de queue le lion ne voudra pas me compter au premier rang ? »
Celui qui doit passer sa vie sous un tyran, même s'il est innocent, est souvent frappé comme coupable.
Et voilà ! Un avis ? ^^ Vous trouverez tout sur Jean de La Fontaine, ainsi que l'intégralité de ses fables en ligne ici !